Nacer blanco

by Borja Flames

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  • Record/Vinyl + Digital Album

    Vinyle 12" noir 150g - Sous-pochette imprimée recto-verso avec les paroles des chansons. / Black 12" vinyl, printed inner sleeve containing the lyrics of the songs.

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    Pochette digisleeve cartonnée et livret de 4 pages contenant les textes des chansons et leurs traductions / Comes in a gatefold case with 4 pages booklet containing the lyrics and french translations.

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about

“Nacer Blanco by Borja Flames is a laboratory where experimental music is combined with elements of traditional, baroque or medieval music, but also with ingredients of afro-caribean, latin roots or psychedelic music. He uses complex rhythm patterns, voices in canon and fugues, undefined sounds and spoken word. Very new and ancient at the same time. His music reminds us of pioneers like Moondog, Terry Riley, Arthur Russell or an iberian version of Robert Wyatt."
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(FR)
Borja Flames est de ces personnages dont on fabrique sans forcer les légendes: espagnol exilé à Paris, il a tâté du garage avec le groupe Tedium puis de la musique improvisée, expérimentale ou post-comeladienne avec le duo Belmonde, s'est essayé à musiquer pour la danse et le théâtre, a édité une revue d'art, bricolé des affiches et des pochettes de disques à partir de collages (sa marotte), fait le barman et s'est trouvé aspirant matelot, presque libraire, biologiste, moniteur de colo aux Amériques, ou encore sorcier amateur en studio artisanal d'enregistrement. Le genre de gugusse qui n'ignore rien de ce qu'occuper son temps veut dire. Peut-être connaissez-vous JUNE ET JIM, duo dont on aime le chic pour ré-observer la chanson française par le prisme de musiques rituelles de provenances diverses (apprises-désapprises et rêvassées, re-projetées à la façon d'ombres portées plutôt que simplement recrachées) et dont il est la face barbue, la présence toute d'orage à venir, de broussaille et de fumée, pendant taciturne de sa compagne Marion Cousin (chanteuse battant le souvenir des sorcières du bocage ou des marionnettes de Maeterlinck, en un simple mouvement de main).

Mais, ce qui nous occupe ici-maintenant a pour titre NACER BLANCO et c'est ce qu'on appellera le premier album solo de Borja Flames (bien que Marion y lance quelques couteaux ça et là).
Ce qui motive ce genre d'exercice, on le sait bien, c'est prendre congé un temps des obligations du travail d'équipe, faire face aux obsessions qu'on nourrissait pour soi tout seul et auxquelles il fallait tenir un peu la bride. Un album solo, quand on fait partie d'un groupe, c'est le boudoir, le gueuloir et l'antichambre où l'on s'autorise à partir jacasser sans témoin, pour souffler un peu, numéroter ses fantômes, faire le point sur ce qui travaille d'ordinaire en filigrane et donner forme à la matière qu'on passait jusque là par le tamis de l'altérité. En un mot, un album solo, quand on fait partie d'un groupe, a toujours quelque chose d'une récréation. Parfois c'est anecdotique et purement défoulatoire, d'autres fois, comme ici, c'est passionnant. Passionnant parce qu'on y voit un musicien se coltiner frontalement ce qui le tracasse parmi les musiques qu'il aime (jouer la musique qu'on aime, c'est la déjouer, certainement pas la recopier, c'est lui ouvrir le bide pour lui palper les organes et comprendre un peu comment ça marche, à quoi ça tient, s'il y aurait par hasard là-dedans la réponse à une question qu'on avait oublié de se poser et qui resservira plus tard). La récréation permet ça qui est très beau: s'attacher moins à "faire oeuvre" qu'à remettre son bagage sur l'établi, pour en vérifier l'état, ce qui bouge encore là-dedans.

Bon, mais dans les faits? Mettons que Borja Flames aime Moondog, comme un musicien "pop" peut aimer Moondog. Il en aime les mélodies radieuses, les mesures impaires dont il se demande au juste comment ça se compte et sur quels doigts, il en admire les structures en canon, le mélange de ferveur et d'irrévérence pour les schémas classiques, comment l'héritage de Bach retrouve toute sa souplesse quand on lui envoie dans les quilles la boule zinzin du jazz et des musiques caribéennes. Il se demande par quelle grâce ou quel métier une si incontestable complexité se trouve capable d'escamoter ses tours et comment tous les sentiments qui en découlent peuvent soudain se révéler dans une telle clarté.

Borja Flames aime aussi les musiques qu'avec un rien de condescendance, nous autres les modernes nous appelons primitives (des enregistrements de musique ethnique au blues, pour résumer). Il ne sait pas bien en quoi tout ça le trouble tant. Est-ce en raison de leur apparente brutalité? Du mystère qui s'en dégage? De cette espèce de rugosité bonhomme qu'on y trouve parfois? De l'étrangeté foncière qu'on perçoit quand on les écoute? Du fait qu'elles soient sous leurs dehors qu'on croirait frustes comme tissées à partir de mathématiques absconses?

Puis, Borja Flames aime Arthur Russell, mettons. Il en aime les formats foufous, les grands écarts, l'ouverture fondamentale, les harmonies savantes et saugrenues qui suggèrent des volumes tout neufs à des modes qui n'en demandaient pas tant. Il en goûte le caractère triste et joyeux, l'audace désespérée, le mépris qu'on y sent pour les genres cloisonnés. Il remarque à mesure qu'il s'y frotte, que ce qui se joue vraiment, et qui bouleverse sans crier gare, à la manière de micro-épiphanies embusquées ça et là, ce sont de petits détails: des pièges, des questions, des répétitions inattendues (merveilleux usage de l'oxymore dans la musique d'Arthur Russell), des bidules et des machins qui résistent à l'entendement, des solutions techniques et même techniciennes pour organiser la magie et qui font que la machine va dérailler, se donner en plein puis s'évanouir, agençant de minuscules évènements par quoi telle émotion sera contredite par telle autre et voilà dans quel état ça nous met d'incompréhension heureuse, avec la sensation furtive qu'on a entrevu un truc, puis qu'on l'a perdu, mais nous voilà convaincus que ce truc-là existe et qu'on n'aura désormais de cesse de lui courir au cul, et nous voilà tout vigoureux, d'une vigueur inquiète un peu pantelante qui appelle l'aventure et qui réclame qu'on aille courir.

On sait que la vie comme dirait l'autre est égarante et bonne.

Voilà donc un type qui s'intéresse aux expériences, aux investigations, aux laboratoires. Il entrevoit, il pige doucement, les mains sous le capot (un musicien sait ça, que ce sont les mains qui pensent, que ce sont les mains, le siège de la pensée). Il écoute (un musicien sait ça aussi, que si ce sont les mains qui pensent, c'est bel et bien l'oreille qui joue), il imite, défait, démonte, remonte, laisse venir, arrose et regarde pousser, accompagne, bousille, retourne en tous les sens et accouche de petits monstres. Et d'ailleurs si l'on appelle NACER BLANCO "le premier album solo de Borja Flames", Borja Flames, lui, appelle NACER BLANCO son "bâtard". Ce qui lui va très bien.

Bâtard puisque conçu dans le dos de JUNE ET JIM comme nous disions, mais aussi parce qu'impur jusqu'au dernier sillon, charivari de ritournelles torves, madrigaux synthétiques, tout en motifs dérapants de guitares claires, percussions à la croisée du rythme de village et de l'agencement savant, évènements sonores incongrus, poésie (en espagnol) découpée au ciseau, entre parole d'oracle pété au vin rouge et haïkus envisagés comme des toupies. Car c'est bien d'une musique tournoyante qu'il s'agit ici, visant nettement la transe, l'étourdissement, malgré la grande douceur du geste (suavité du chant, délicatesse du doigté, pudeur du propos préférant l'énigme à l'assertion, patience des agencements). Douceur qui ne compromet en rien l'hirsutisme de l'inspiration et cette gourmandise délirante que trahissent les mille micro-dérapages qui font le sel de l'affaire (entendez telle explosion de prédicateur allumé, telle décharge percussive jetée là comme une girafe à la mer, tel bégaiement sonore, tracé de points de suspension à la perforeuse à papier).

NACER BLANCO épanche dans une suite de murmures devenus fous, la grâce et l'inquiétude d'être en vie, apatride et blanc comme un cul quand le sang noir qui clapote dans les veines est plus noir que celui d'un cerf en rut. Confessionnal coloré, avec volées de clochettes, dialogues schizos où berceuses réconfortantes et poussées de trouille sont amoureusement abouchées dans le même shaker (avec poivre, menthe, ingrédient X, on comptera ceux qui ne tanguent pas). Des influences précitées, Flames prélève motifs aimables et torsions, ludisme concentré, sens de l'évènement miniature et retient ça, sans doute le plus important: l'art toujours menacé mais toujours victorieux de rendre tout à fait lisibles les réseaux les plus frénétiques d'entrelacs et d'informations. Tout le temps que dure l'élan derviche de ce disque maboule et copain, émus par les fléchissements tendres, surpris par les petites sautes d'humeur, on sait qu'on tient là le genre de disque accueillant, faussement bordélique, auquel on aime à revenir souvent. Parce que l'on sent qu'un bonhomme s'y tient debout, cœur ouvert et cerveau en marche, peu avare, d'attentions et de cadeaux, un type sincère, courageux, un peu fébrile à l'idée de partager sa vision du monde, et qui pour ce faire n'oublie de lancer des ponts ni vers ses fantômes ni vers les vivants qui se toqueront de l'écouter. Disque d'hommages sans ironie en même temps que bréviaire impertinent sachant qu'on n'honore jamais ses maîtres mieux qu'en les soumettant à la question, disque pudique, disque souple, beau disque.
(text by Sing Sing)

credits

released February 5, 2016

All songs written and all instruments played by Borja Flames. Additional vocals by Marion Cousin. Recorded and mixed at Studio Pianochrome (Paris). Mastering by Goetz-Michael Rieth at East-Side Studios (Berlin).

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Le Saule Paris, France

Le Saule is a french record label created in 2008.

Le label Le Saule est né à Paris en 2008 de la rencontre d'artistes revendiquant une chanson libre, à la fois exigeante et populaire. Depuis 8 ans, Le Saule n'a cessé d'ouvrir toujours plus grand le champ de la chanson en accueillant d'autres artistes, d'autres langues, d'autres musiques, et d'affirmer encore davantage son besoin de liberté. ... more

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